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Say it loud…mais pas trop non plus

Parlons musique. Music is my sanctuary… Okok.
 
Un des moments stressant dans la production musicale est celui du mastering, du final. Le dernier traitement avant la compression MP3/tags/upload. Toujours cette peur de ne pas sonner, "est ce qu’on va bien entendre absolument tout ce que je voulais", "est ce que le petit gling à 3:18 passe", "est ce que le kick est pas trop sec/pas trop lourd", "bordel le pan est trop à gauche là, maintenant que j’ai remonté le niveau de la track 25"… Un savant dosage et une bonne prise de tête sont nécessaires. Et du temps, pour vider les oreilles. Et les re-remplir avec un maximum d’objectivité.
 
Mais on fait aussi par rapport à ce qui se fait… Et on peut dire aujourd’hui que c’est devenu n’importe quoi. Tout le monde a entendu, voir possède le CD_qui_n’était_pas_assez_fort, que ce soit celui du groupe d’un pote, ou une vieillerie des années 80s. Il se trouve que durant l’avènement du CD, les maisons d’édition de disques ont poussées artistes et producteurs à pump up le volume sur la base du raisonnement suivant (et en voguant sur la vague consumériste): si le son est FORT c’est que c’est bon. Alors si c’est PLUS FORT, c’est meilleur… Et si c’est meilleur, ça vend… Vous voyez la spirale ?.. Depuis, un CD qui ne sonne pas fort est un CD amateur et un CD qui t’arrachent les feuilles est un CD pro. Mmm.
 
Pire, avec l’amélioration des outils numériques, ce qu’on pensait fort au milieu des 90s hahaha mais ce n’était rien comparé à ce que l’on entend aujourd’hui. Ecoutez un disque d’après 2000. C’est l’hallu. Un disque de Polka fait plus de bruit qu’un truc de Death Metal des 90s. A l’écran sur mon éditeur audio, tout sature ou presque, c’est l’heure des blocks. Il n’y a plus de dynamique (différence entre le niveau le plus fort et le niveau le plus faible), tout est trèstrèstrès fort, et pouf d’un coup un énorme vide -pouvoir du digital- et hop resaturation (c’est-à-dire qu’on atteint les limites physiques du CD, mais pas juste pendant quelques millisecondes, constamment). C’est fatiguant. La chanson, les riffs, les mélodies peuvent être top, ce son surboosté vient tout ruiner.
 
POURQUOI L’APPROCHE "PLUS C’EST FORT, MIEUX C’EST" EST MAUVAISE ? PARCE QUE QUAND L’ENSEMBLE DU SIGNAL EST A SON NIVEAU MAXIMUM, CONSTAMMENT, ALORS LE SIGNAL N’A PLUS AUCUNE PECHE. L’ENSEMBLE TE HURLE DESSUS, COMME UN TEXTE EN MAJUSCULE. COMME VOUS LE SAVEZ, QUAND VOUS TAPEZ UN MESSAGE EN MAJUSCULE, IL N’Y A PAS D’AIR POUR AIDER LE CERVEAU A ANALYSER LE SIGNAL, ET L’ESPRIT SE FATIGUE VITE A ESSAYER DE TRAITER CE QUI EST EN GROS, DU BRUIT. DE MEME, UN SIGNAL QUI SATURE UN CD ENTRAINE LE CERVEAU A REAGIR: NOUS FILTRONS CE BRUIT ET NOUS CESSONS D’ANALYSER;
 
Ouais ça fait mal aux yeux, peut-être même que vous n’avez pas réussi à lire jusqu’au bout :). Imaginez les journaux, si ils étaient écrit en CAPS/36… Le son des pubs c’est ça, les dernières prods musicales, c’est ça.
 
Alors qu’il n’y aucune raison de faire cela. Les gens ont des systèmes sonores de grosse puissance, aujourd’hui la moindre chaine hifi balance de quoi ne plus s’entendre parler -voir gueuler- dans une pièce. Vous voulez que les gens écoutent vos skeuds forts ? Mais ne vous inquiétez pas, ils ont ce qu’il faut… Maintenant permettez a ceux qui n’ont pas envie d’avoir à plisser les yeux -et les oreilles- au son d’un kick de batterie sur un disque pop de pouvoir écouter convenablement la musique qu’ils aiment… L’avènement du Home Theatre change également la donne… Avec un son produit par plus de deux enceintes, avec un caisson normalement bien mieux fait pour reproduire l’énergie des fréquences basse que n’importe quelle mini chaine des 90s, le consommateur final n’a aucun besoin d’avoir un CD avec une musique qui atteint 99%/100% du volume possible, sur quasiment la totalité de sa durée !
L’oreille est un formidable organe capable de compenser ce qui lui arrive. Heureusement. Mais autant j’ai vraiment du mal à écouter les premiers CDs, autant les derniers, c’est pire. Sauf, sauf quand la musique est préservée. Car on peut faire BIG sans faire des pâtés; aujourd’hui l’enregistrement 24/96 est là pour ça; il permet de capturer le son avec un surplus de dynamique non négligeable (merci les 24bits de quantification, je peux vous assurer que ça saute aux oreilles), surplus qui une fois bien utilisé, donne des merveilles comme l’album Jazz de 2005 du Spirit Music Jamia, au son si ample, si cristallin… Fabuleux. Rien que le son de cet album me remplis de joie. Un peu comme quand tu écoutes la première fois une prod Q, rien que le son te fait frémir… Et tu peux à loisir, te plonger dans ce qui compte: la musique.
 
[sources: ProRec et un consommateur averti]